CHARMES DE BRETAGNE, la couleur au Moyen-Age

CHARMES DE BRETAGNE, la couleur au Moyen-Age

 

                                                        

Vacances, août 2018.

 

     Ma famille bretonne m’a menée à Léhon. C’est une commune au bord d’un pont, dont il est dit sur une enseigne :

« Petite cité de caractère »

Le nom est écrit en deux langues.

« Tu entends souvent parler breton ?

-Non, jamais. Cela a dû arriver autrefois, quelques vieux. Ici à Léhon, ils parlaient le gallo. »

     La verdure qui colore la rivière, bordant quelques maisons, dessine un joli effet. Le temps est gris, il y a des matelas dans le ciel. Dès que nous montons la côte, un restaurant aux tables blanches, dont la présence est déjà un attrait. Les maisons sont toutes grises mais les murs, de petites pierres, composent au village un visage architectural où tout a l’air délicat. La Rance avec son pont arrondi, autour, des versants boisés, presque sauvages. Puis cette rue pavée qui monte à l’abbaye, elle est du XII siècle.

     Les jardins sont ouverts, je prends le chemin, nous débarquons dans une cour, un pré – une façade impressionnante de plusieurs étages, s’érige sur la terre. L’espace, autour, est vaste.

« Qu’est-ce que c’est ?

-C’est l’ancienne abbaye.

-Elle est du Moyen-Age ?

-De mille cent et quelques, je crois.

-Oui, cela se sent, qu’elle est médiévale. »

     Pas à l’architecture ; ce pourrait être un dortoir, un collège de l’époque classique. Or je sentis quelque chose de terriblement ancien et déroutant – dans l’aura des lieux.

     Nous continuons sur des chemins pleins de pavés et de beauté, baladés entre les jardins. Une église. Une porte qui donne sur un carré abbatial. Au cœur de la cour fleurie, une pancarte attire mon attention. Il y est écrit que les hommes du Moyen-Age faisaient une lecture symbolique des choses. C’est-à-dire qu’ils procédaient par associations, et non par déductions, ce qui semble plus conceptuel.

     « Les couleurs, les formes, les nombres. »

C’est ce qu’ils associaient pour déchiffrer le monde. Le reste – tout ce qui existait venait de Dieu et retournait à Dieu.

    « Finalement, associations, il ne s’agissait pas de la charité, de la façon de s’organiser en société, mais de la pensée. Les raisonnements tels qu’ils venaient, spontanément, à l’esprit. Je trouve que cela a surtout donné quelque chose pour les formes. Les couleurs, cela a donné la peinture. Il en reste la peinture religieuse – elle est limitée[1]. Ce n’est pas beaucoup. Les chiffres – liés aux mathématiques, cela venait des Arabes.

-Et des Grecs.

-Le développement des sciences, lié aux mathématiques, a été limité. Les formes, en revanche, ont donné l’architecture. Or le patrimoine médiéval est grandiose, des monuments magnifiques ! La pensée associative au Moyen-Age a donc permis une éclosion extraordinaire de formes, pas tant avec les couleurs et les nombres. C’est mon humble avis ».

     Le jeune musée de la commune présente des objets : bouts de sculpture, livres, ustensiles. Le poète Maurice de Guérin, au dix-neuvième siècle, trouva cette abbaye dans un état d’abandon et de délabrement complet.

     Le réfectoire des moines inspire des pensées de modernité. Le plus ludique est un escalier de pierre d’où l’allocution quotidienne était prononcée. Le mur laisse entrevoir des traces de peinture rose. Ma famille insiste souvent sur l’importance de la couleur au Moyen-Age ; à Dinan, elle était partout sur les maisons, les églises, dans les intérieurs.

     « Ce serait intéressant, bien qu’il faille oser, que quelqu’un décide de repeindre une ancienne église pour revenir exactement aux couleurs du Moyen-Age » ; car le réfectoire possédait une fraicheur qui poussait à désirer de simples folies. On peut quitter les lieux avec un désir de peinture abstraite.

 

                                     

 

 


[1] Ici, la personne qui parle a oublié les tapisseries pleines d’allégories, et les adorables enluminures.

Tourisme