Poésie bulgare

QUELLE EST TA SENSIBILITE ?

 

 

 

Quand j’aime sincèrement

Dit mademoiselle Achille

Je ris ou pleure rideaux fermés

Cela coule de source

Tellement que les fleuves n’en parlent pas.

 

Quelle est ta sensibilité ?

La mienne est parfaite

La terre peut en rendre compte.

 

J’ai rencontré une Bulgare

Elle mangeait un cloaque

C’était du yaourt brun

Elle disait que c’était la France

« C’est vous que je mange ».

 

« Je suis cela ? » Ne pensez pas

Que le pays c’est de la vasouille

Dites-vous que c’est du bois fondu

De la résine chaude

La France est pleine de conifères

On en fait du papier

Pour penser.

 

« Tu as de beaux yeux, céda la Bulgare.

-      Tu en as de beaux aussi, on les possède bleus. »

Et ils ont pleuré autant que le Baïkal.

 

« Je suis morte », m’avoua-t-elle.

Ensemble nous avons pelé un bout de pain

Cela l’a piqué à vif,

(le pain)

Il est devenu sensible.

 

Quelle est ta sensibilité ?

J’ai parlé à l’animal, qui était analphabète

Et cela l’a formé

Aux fantaisies droites de l’Ecriture.

 

Ce soir mademoiselle Achille

Court vers l’amour

Quand elle rêve

Son clitoris gonfle

Et atteint les proportions

D’une anémone.

 

Elle se partage avec un homme

Qui est écarteur de rideaux

Cette fois – elle finira

Sa sensibilité pâtit d’un défaut :

L’inachèvement.

 

Achève le plat !

Même amer, les Bulgares l’ont en partage

On ne refuse pas, on ne gâte pas

Le surnuméraire.

 

Dans les caresses

Qui sont compréhension et querelles de ménage

(On fait la poussière sur les corps)

Il devra savoir qu’elle est sensible

Et le chat, qui sait

Tournera la caméra d’un œil.

Il est réalisateur.

 

 

 

 

 

 

SUR LES MARIAGES FORCES

 

Bonsoir, je t’aime un peu

J’ai surpris une peine dans tes yeux

Ils luisaient comme une lentille

Sur un rebord de dune

 

Tu as perdu ton père 

Il te gâtait avec sa hotte de cadeaux rouges et blancs

L’absence de pareils trouvères

Fait des alcooliques.

 

Rien ne remplace le rouge

On en pâtit dans le placenta

On rembourse le même en prenant la mort

Et le rebord de ce porte-monnaie, c’est la Terre.

 

Le rouge se compose comme l’amour

J’en ai plein les joues.

 

Mais tu n’es « pas mon genre »

Tu as vécu sans femme et sans vêtements.

Ainsi je retranche d’une gamme

D’amour probable, un peu de moi.

                                                                 

                                                                  (Marie Pra)         

 

 

Ces poésies ont été offertes à Michel Onfray lors d'une représentation au Théâtre de l'Atelier.