Le féminisme me fatigue

LE FEMINISME ME FATIGUE

 

 

 

 

 

Lors de la soirée des Césars, il y a eu un geste logique. La comique Florence Foresti, chargée de la présentation de cette soirée, s’est moquée du réalisateur Roman Polanski, et lui a lancé des cailloux verbaux. En effet, l’artiste est un ancien violeur, et un ancien pédophile. Certes, les crimes semblent du passé, mais il me semble malhonnête d’évoquer un créateur sans faire état de sa délinquance, lorsqu’elle est établie, quitte à se recentrer ensuite sur la question de l’Art. Florence Foresti, très attaquée pour ses moqueries par la suite, n’a donc pas été « écoeurante », comme l’ont dit certains, elle a fait le choix de l’honnêteté : la délinquance sexuelle chez un artiste de talent, destiné à être primé en cette soirée des Césars, il fallait en tenir compte.

Disant cela, nous ne réagissons donc pas en féministe, c’est-à-dire en personne qui, par empathie, s’identifierait aux femmes victimes de viol. C’est ce qui s’est passé lors de cette soirée des Césars, et par la suite, dans les commentaires. Il existe aussi des hommes victimes de viol, même si on en parle peu. Mais, lors de cette soirée, l’un des signes de ralliement entre la scène et la salle fut : « Bienvenue à toutes ! » lancé par une autre présentatrice. Une femme qui fait acte de galanterie vis-à-vis des autres femmes, le public, consensuel, qui applaudit unanimement, les hommes, exclus du « bienvenue », qui gloussent pourtant de plaisir : voilà le tableau.

Il y a un an ou deux, la presse généraliste regorgeait d’affaires de harcèlements sexuels. La main aux fesses dans le métro – un lieu où les gens évitent de se toucher – serait monnaie courante d’après les journalistes. Peu importe si, je le constatais à l’époque, les mâles que je croisais à Paris étaient complètement renfermés et refroidis, incapables d’un regard vers la gente féminine. Je me demandais où se déroulaient tous ces crimes sexuels dont la presse sérieuse faisait état. Qui fabrique notre indignation ? Et, dans tout cela, le féminisme, toujours bien vu, toujours du côté des évidences, des bonus, toujours le vent en poupe, consensus.

Dans mes rapports sociaux, je ne rencontre aucune difficulté avec les hommes. Ils sont mes égaux et se définissent comme tels. Nous discutons sereinement. Nous pouvons élargir nos horizons. Nous connaissons parfois nos difficultés mutuelles. Si cela semble la conséquence de plusieurs siècles de féminisme, il faut en déduire aussi que l’exaltation consensuelle du féminisme actuel semble faire écho à un culte des révolutions du passé proche, celles qu’il est toujours plus agréable d’encenser, car elles sont encore assez neuves pour nous enflammer, et, en même temps, car elles appartiennent à une époque révolue, ce qui en rend l’abord facile et la vénération automatique.

Autrement dit : la femme en France et dans d’autres pays du monde traverse une très belle époque, ne la plaignons pas trop ! Et ne nous fatiguons pas à suivre les mots d’ordre qui se ressemblent tous dans les slogans et les habitudes de discours. Ce qui compte, c’est le résultat de nos relations sociales réelles.

 

Date de dernière mise à jour : 28/03/2020