SOUS LES JUPES DE SADE

 

 

SOUS LA JUPE DE SADE

 

 

 

         « Sourire en parlant du pire » est un des traits de la mentalité chinoise.

 

         Après avoir appris mon propre viol collectif par le biais des médias parallèles, et des Parisiens eux-mêmes, je rencontrai en gare de vieux messieurs probes indignés par ma mine, et un quai entier de voyeurs, en particulier des jeunes Chinois et Chinoises dont le visage se gondolait de rire.

 

         Qu’en est-il de la personne suspectée d’avoir connu l’opium du bonheur durant un viol collectif ? L’abus est comme le sport, sauf que, le jour de l’épreuve, le stade était vide.

 

         Il ne reste plus guère d’illusions à entretenir par rapport à l’humanité, ni de grosses colères à piquer, lorsque vous voyez des « cerveaux moyens » dire devant vous :

 

         « Elle aurait pris du plaisir durant le viol, si cela avait été filmé comme celui de Monroe, on est pour », ou :

 

         « Elle va être à la rue ? Cela nous va. »

 

         Pareilles langues sont dépourvues d’empathie. Les froids apprécient cependant l’humour. Seul ce dernier leur permet d’excuser l’autre d’être ce qu’il est.

 

         Si la femme violée fait grise mine, quelques jours après l’agression, elle risque une mise au ban, comme une enfant détestée à qui on reproche des piques de mauvaise humeur ou de mauvaise foi.

 

         Si elle reste sociale, ou si on la croise radieuse, elle devient de nouveau assimilable à la civilisation, comme une victime qui « passe l’éponge », ou une jolie femme sans âme qui en redemande.

 

         L’abus sexuel joyeux est une affaire de romancier. Dans les faits, les abuseurs – il en existe d’affectifs, donc jamais affectueux – s’arrangent toujours pour se rendre indésirables. Il n’y a que les moches qui vous adorent.

 

         Sous l’œil d’une des caméras de police qui reste de lui, l’homme pleurait dans le creux de sa paume ouverte. Je doute, et ne souhaite pas, qu’il ait fait de la prison. C’était un toxicomane émacié, et j’ai le souvenir de ses doigts squelettiques, chargés de molécules chimiques, se promenant sur moi, dans l’aube laborieuse d’un métro crasseux.

 

         Des années plus tard, à force de voir des jeunes Chinois se gondoler de rire, des commerçants musulmans évoquer une femme « pas farouche » et sans cervelle, de croiser des bellâtres protégés par des voitures hautes de sept étages, d’entendre louer le viol, le sexe dur, les filières joviales, je retrouvai ma première extase liée à une main agressivement baladeuse – la nausée et le vomi, ces deux amis du ping-pong sexuel.

 

 

 

 

 

                                              

 

 

 

 

 

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