THE FILMS OF LAUREN BACALL

THE FILMS OF LAUREN BACALL

 

 

 

 

            Lauren Bacall est une de mes actrices préférées. C’est elle qui m’a fait aimer le cinéma. J’admire sa beauté, qui ne surprend plus aujourd’hui tant les filles grandes et minces, à la moue boudeuse, sont à la mode, mais qui était avant-gardiste dans les années quarante où elle débuta. De fait, elle fut mannequin dans une revue luxueuse, Harper’s Bazaar.

            Pourtant, elle venait d’un monde assez défavorisé : née dans une famille désunie, elle dut abandonner ses études pour travailler adolescente. Elle était juive et l’anecdote selon laquelle elle perdit un poste pour l’avoir avoué, est restée célèbre.

            Son ascension dans le monde du mannequinat et surtout du cinéma est devenue foudroyante. Elle a été la partenaire idéale, puis la femme, du très grand acteur américain Humphrey Bogart. Cette histoire ressemble tellement à un conte de fée !

 

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       Les films de Lauren Bacall (1924-2014) n’ont fait l’objet que d’un seul livre, et il est américain, non traduit. Pour cette raison, je vais m’adonner à un survol de la carrière cinématographique de cette grande actrice, capable d’aborder tous les genres, et qui fut primée par ailleurs pour ses prestations théâtrales.

Le premier rôle de Lauren Bacall est celui de Marie dans To have and have not (Le Port de l’Angoisse, 1944) de Howard Hawks. Elle n’avait que dix-neuf ans lors du tournage et s’y révèle une sacrée femme, plus hardie et sensuelle que ne le serait une adolescente. Dans ce film d’atmosphère, drôle, captivant, et plein d’élégance, riche de morceaux musicaux remarquables et d’un arrière-plan de résistance, elle forme un couple qui épate avec l’acteur Humphrey Bogart, son ainé et futur mari. A titre personnel, j’ai découvert le cinéma classique, dont j’ignorais tout, avec cette œuvre, et ce fut à l’origine d’un durable engouement cinéphile ; le couple Bogart-Bacall est donc susceptible de mettre le feu au cœur de bien des spectateurs, y compris les plus dépourvus de culture. To have and have not reste mon film-culte.

Cet excellent film d’amour est suivi de The Big Sleep (Le Grand Sommeil, 1946), de Howard Hawks encore, un film noir dans lequel on se perd, tant l’intrigue est floue, mais ce qui compte est l’atmosphère et le couple amoureux que Lauren Bacall forme avec Bogart ; accroche garantie. Comme dans le premier coup de poker, Lauren fait preuve d’une forte, insolente personnalité, à l’approche caustique. Il s’agit d’une figure du cinéma résolument moderne. Sa taille élancée et sa voix grave, qui était celle de la réalisatrice féministe Ida Lupino, contribuent à cette impression nouvelle de force.

En 1947, le couple offre dans Dark Passage (Les Passagers de la Nuit) de Delmer Daves un magnifique tandem dans le plus beau film peut-être qu’il ait tourné – un film plein d’effets de caméra subjective où le suspens étreint le cœur. Lauren cesse d’être une personnalité moqueuse et, tout en conservant son élégance, devient un ange salvateur dans ce récit au cours duquel elle aide un fuyard sans se soucier des risques ni des préjugés.

Bacall et Bogart tournent une dernière fois ensemble dans Key Largo (1948), de John Huston, un formidable huit-clos avec des gangsters dans lequel la présence de Lauren se fait un peu plus réservée, et toujours assez tendre. Ces quatre premiers films sont devenus des classiques et je sais que je fais beaucoup de redites en m’attardant dessus. Ils sont la meilleure voie d’accès au jeu et au monde de l’actrice. Ils expliquent à eux seuls pourquoi elle est devenue une institution américaine. Par ailleurs, tous les quatre parlent d’amour et ont à faire avec l’univers du film noir.

En 1945, Lauren Bacall a joué dans un film massacré alors par la critique, Confidential agent (Agent secret) de Shumlin ; elle y aurait mal joué, un comble pour cette jeune première si prometteuse ! Je n’ai pas eu la chance de le voir, mais des extraits m’ont beaucoup plus ; dans une scène saisissante, on voit Lauren Bacall pleurer des larmes qui paraissent vraies. Une œuvre sans doute à réévaluer au-delà de sa mauvaise réputation !

 

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       C’est en 1950 que notre actrice revient sur l’écran et apparait dans deux œuvres dirigées par Michael Curtiz, caractérisées par les trios amoureux : Young Man with a horn (La Femme aux chimères), un bon film sur le jazz dans lequel elle interprète une femme un tantinet déséquilibrée et antipathique ; et Bright Leaf (Le Roi du Tabac), film en costume dans lequel elle fait preuve de maturité et dont la critique française a pu dire : « on serait tenté de crier au chef-d’œuvre s’il ne s’agissait malgré tout que d’un mélodrame » ou : « Le Roi du Tabac est une œuvre splendide. » Dans les deux cas, elle joue avec des acteurs importants.

Deux maternités et le peu de pensées que les réalisateurs hollywoodiens ont pour elle expliquent, dans la carrière de Lauren Bacall, bien des apparitions espacées.

En 1953, elle triomphe auprès des actrices sexy Marylin Monroe et Betty Grable dans son premier film en couleurs, un excellent classique de la comédie américaine, How to Marry a Millionaire (Comment épouser un millionnaire). Dans ce trio, elle est la figure mûre, élégante, la tête pensante. Elle apparait les cheveux plus courts, et plus bruns. Le réalisateur, Jean Negulesco, semble avoir apprécié sa manière de jouer ; il lui a redonné des rôles plus tard, en 1954 dans Woman’s world, comédie mineure reposant aussi sur le modèle du trio, et dans laquelle elle est trop maniérée, puis en 1958 dans The Gift of Love, une histoire familiale, sentimentale, banalement filmée, mais où, toute blonde, elle est encore assez jolie.

Elle obtient un rôle intéressant à la télévision avec un épisode dont le tournage fut éprouvant, car en direct, comme elle le raconta dans ses mémoires ; il s’agit de The Petrified Forest (1955). L’épisode, de plus d’une heure, n’a pas été traduit en français mais peut être visible sur Internet. L’image est évidemment beaucoup plus médiocre que pour un film. Lauren Bacall est le rôle principal de cet épisode prenant, situé dans une auberge perdue, où elle confie ses rêves à Henry Fonda, comme une jeune fille mûre, tandis que Humphrey Bogart revient sous les traits d’un gangster.

L’année 1955 est enfin aussi riche pour Bacall que pour n’importe quelle actrice hollywoodienne : elle apparait dans deux autres films ! The Cobweb (La Toile d’Araignée) de Minelli, dans un univers psychiatrique où elle a, dramatiquement parlant, un rôle un peu sacrifié ; le film n’en reste pas moins bon avec des couleurs intéressantes. L’autre film est un John Wayne, Blood Alley (L’Allée sanglante) de Wellman ; il s’agit d’un film anti-communiste se déroulant en Chine : une œuvre de détente appréciable.

Tous ces films des années cinquante confirment la capacité de Lauren Bacall à aborder des rôles différents. Ceux qui vont suivre inaugurent le retour des chefs-d’œuvre dans sa carrière, avec les genres qui lui ont permis de se renouveler : le mélodrame et la comédie. Mélodrame, le superbe Written on the wind (1956) de Douglas Sirk, avec des couleurs orangées et une Lauren vulnérable, touchante, dans ce film pour lequel hélas elle n’eut aucune estime. Comédie poussée à un haut degré de réussite, Designing Woman (La Femme modèle), de Minelli, qu’elle survole de son ton désinvolte. Ces créations sont devenus des modèles du genre.

 

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       « Vous n’êtes plus une star, vous êtes une actrice ! » lance un animateur de télévision à la tête de Lauren Bacall dans les années soixante, quand elle vient présenter un de ses films. Veuve de Humphrey Bogart, prématurément vieillie, délaissée par les producteurs hollywoodiens, l’actrice doit faire face pour trouver du travail et remonter.

La décennie avait pourtant bien commencé, avec Flame Over India (Aux Frontières des Indes, 1960) de J.Lee Thompson, un film colonial évidemment en couleurs où tous les personnages ont l’air caricatural, sauf elle qui dessine un portrait fin et sensible, mais dans lequel les décors sont jolis.

L’occasion de faire du bon cinéma se retrouvera des années plus tard avec Sex and The Single Girl (Une Vierge sur canapé, de Richard Quine, 1964), film humoristique et enlevé dans lequel elle joue avec brio aux côtés de la belle et jeune Nathalie Wood ; puis dans The Harper (Détective Privé), de Jack Smight, un assez grand film dans lequel elle joue très bien une femme mûre et froide.

 

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       C’est fini ! Lauren Bacall a cinquante ans et restera une star. Bien qu’elle ne tourne quasiment pas à l’écran, et que le théâtre seul lui apporte désormais une consécration (voir son triomphe dans Applause…), on la voit volontiers extravagante dans Le Crime de l’Orient Express (1974), film assez ennuyeux mais célèbre et apprécié de Lumet. Il faut chercher ailleurs la fin brillante de sa carrière : dans The Shootist (Le Dernier des géants, de Don Siegel, 1976), un magnifique western sur la mort d’un tireur qui n’est que John Wayne. Elle assure la présence féminine dans ce film où elle apparaît en costume, pleine de caractère et plus vieille qu’elle ne l’était. « Un film troublant et constamment attachant », note la critique française.

Jamais plus il n’y aura Lauren Bacall dans des films de cette ampleur et de cette qualité au cinéma, à une exception près : le mystérieux et original Dogville (2003, Lars Von Trier), dans lequel elle joue une vieille dame antipathique…

 

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Si vous souhaitez découvrir cette actrice d’une autre époque – époque de glamour – voici de quoi vous aider à naviguer et à choisir parmi les extraits sur la toile ou les dvd. La passion m’a pris du temps…

 

 

Bibliographie :

LAUREN BACAL, Her films and career, de Lawrence J.Quirk, Citadel Press, 1986.

JEAN TULARD, Guide des films, Bouquins Robert Laffont, 2005.

LE GUIDE DU CINEMA CHEZ SOI, Télérama hors-série, édition 2004.

Date de dernière mise à jour : 03/02/2020