C'est chouette d'écrire !

Nous avons fondé une association

NOUS AVONS FONDE UNE ASSOCIATION

 

 

 

 

Adolescente, j’ai été adhérente d’une association, S.O.S PAPA ; par la suite, j’ai souhaité me détacher de ce que je considérais comme des outrances, et faire entendre ma propre voix. Je n’étais pas la seule. Nous nous sommes regroupés pour créer une association qui ferait passer les intérêts de l’enfant avant tout.

En octobre 1998, mon ami Michel D… m’a invité à passer la journée à la campagne, chez un de nos adhérents, avec lequel il a décidé de fonder une association à caractère humaniste, Le Parti des Enfants.

La maison se situe en pleine nature, en haute altitude ; on a du mal à imaginer que ça puisse être le siège d'une association. Mais Jean-Louis, le propriétaire en question, est un spécialiste d' Internet, et Michel a carrément avoué qu'il escomptait exploiter ses capacités. « Nous en avons discuté toute une nuit », m'affirma-t-il. Seulement, notre hôte est un homme terriblement blessé par l'enlèvement de son fils, donc à chaud dans son problème ; ajoutez à cela un caractère de feu, où l'on sent survivre l'ancien soixante-huitard, avec ce côté anarchiste qui le rend parfois intraitable ; remuez le tout, et vous obtenez de longs monologues ponctués d'explosions de colère, de sorte qu'il nous criait parfois dessus même lorsque nous étions de son avis.

Au total, nous étions sept membres potentiels ; il y avait parmi nous deux avocats, et une jeune fille de dix-huit ans concernée par l'absence de père. Tout le monde fut d'accord sur les principes, comme l'obligation d'imposer la parité homme-femme dans notre assemblée ; mais, dès qu'il fut question de déterminer la démarche à suivre... aïe, la discussion commença à s'envenimer. Jean-Louis criait qu'il ne voulait pas travailler en collaboration avec SOS PAPA ; les avocats tentaient de lui expliquer qu'il valait mieux, à la base, profiter des structures déjà existantes ; Michel désirait s'en tenir à la publication d'un magazine. « Ah ! m'exclamai-je avec enthousiasme, je veux bien me charger de la revue, moi ! » - « Mais ça ne suffit pas ! » corrigea ma jeune voisine. « Je peux vous trouver cinq cents adhérents en quelques jours, répétait Jean-Louis. Les homosexuels ont mis sept ans pour imposer le PACS. Nous, on mettra sept ans pour changer la société ! » Et pendant que j'essayais de le convaincre que les choses n'allaient pas être aussi simples, Michel nous distribuait les statuts qu'il avait préparés; dix minutes après, Jean-Louis alla nous chercher les siens : il fallait les voir, chacun avec leur popote, déballant les projets les plus idéalistes et commençant à se toiser. « T'inquiète pas, Jean-Louis, on la fondera, cette association, finit par lui expédier Michel. Tu auras peut-être même une place. »

En fin de soirée, j'ai grimpé dans la voiture des avocats ; et durant une bonne partie du trajet, nous nous sommes écroulés de rire en analysant le flop de cette réunion. « Pour fonder une association ou un journal, dirent-ils devant ma déception manifeste, il faut au moins un an de délibérations ; ça ne sort pas de terre comme ça ! »

Quelques mois plus tard, Michel m’apprit cependant au téléphone que Le Parti des Enfants était fondé, calmement, sur le papier. L’association démarrait et je pouvais me joindre comme cofondatrice et secrétaire.

Croyez-en mon expérience : fonder une association n’est pas si difficile, même si les débuts peuvent se révéler chaotiques. Tous les gens muselés peuvent s’adonner à cette expérience, qui ne nécessite que de la persévérance sur le long terme.