Le confinement

LE CONFINEMENT

 

 

                                               « Je n’ose plus rien faire, de peur que ce ne soit défendu ».

                                               (Le Journal d’Anne Frank).

 

 

       Comment vivez-vous le début du confinement ? Selon que vous êtes seul, en couple ou en famille, avec ou sans animal de compagnie, ce n’est pas la même chose.

Pour moi, le confinement appuie sur la touche monotone. Ce n’est qu’une réorganisation joyeuse de la journée.

Je me lève entre neuf et dix heures et me jette aussitôt sur mon ordinateur, pour envoyer des cours à mes classes, pourvu que la plateforme de mon collège fonctionne. C’est difficile, le logiciel connait de nombreux blocages. L’après-midi, je corrige un paquet de copies, ou remplis des commentaires pour les conseils de classe, toujours par ordinateur. On appelle cela le télé-travail – terme d’une flatteuse modernité. L’Education Nationale occupe encore la plupart de mes pensées, mais sans souffrances disciplinaires, cette fois.

Entre temps, je mets France Culture, la radio des neurones, puis je lis un livre pour la jeunesse. Entre temps, je grignote. Esclave du téléphone portable, je suis sans arrêt connectée avec mes amis. Je meurs d’envie de me retrouver en famille, dans un petit coin vert de province.  

Quatorze heures. Je suis sortie prendre le soleil, respirer l’air doux du printemps qui monte, regarder les fleurs et leurs boutures blanches, écouter le chant tendre des petits oiseaux, et j’ai emporté pour cela, pliées dans mon sac, deux attestations de déplacement dérogatoire. Je les ai imprimées hier. Je songe que si les policiers m’attrapent, je répondrai que je fais ma marche quotidienne…

Dans le quartier vidé des voitures, sur le carrefour déserté, des Parisiens éparpillés marchent nonchalamment… Un nombre notable d’entre eux portent un masque de papier blanc.

On ressent la distance, le désir de ne nouer aucune relation. J’imagine même, une hostilité épidermique. Lundi soir, je me suis fait tancer à la boulangerie par un client, pour n’avoir pas respecté avec lui la distance d’ « un mètre cinquante ».

Aussi le lendemain suis-je allée au supermarché avec un cageot de pensées gentilles dans la tête. J’ai dit bonjour au personnel : j’avais envie d’être sympathique, nous ne sommes pas des ennemis et des pestiférés les uns pour les autres, car nous sommes tous dans le même bateau ! La caissière fut, aussi, d’une amabilité presque anormale.

Les rayonnages étaient troués, il y avait des caissons en carton un peu partout, sur leur palette, un peu d’eau sur le sol.

Les parcs, redevenus jolis, sont fermés. Les restaurants et les cafés ont entassé leurs chaises à l’intérieur. Mon coiffeur est resté chez lui. Le silence règne autour du Pôle Emploi. C’est une ville de vacances dans laquelle se promènent des gens qui entendent tous parler, sans arrêt, du coronavirus.  Ma grand-mère m’a dit que c’était comme pendant la guerre, moi je n’aurais jamais imaginé qu’une épidémie nous foncerait dessus et que nous connaîtrions des mesures gouvernementales de réclusion. Ce semble un récit de fiction.