Calamité des dents

CALAMITE DES DENTS

 

 

 

 

La bouche fait partie des « dix chefs qui sont dans une ville », dit une phrase du Talmud[1].

Un jour, l’enfant perd ses dents. Elles ont passé du temps à basculer sur leur pivot. Cet incident est central dans sa vie. C’est fête car il y gagne ses premières pièces de monnaie.

Les dents créent l’impatience. Selon le Talmud toujours, Adam nomma les autres créatures dès la sixième heure suivant sa naissance ; à la dixième heure, il croquait la pomme interdite[2].

La dent malade, qui fut guérie par des hommes, les anciens dentistes, nécessitait aussi des secours féminins, comme en témoigne le cas de Rabbi Jonkhanan qui, souffrant des gencives, alla demander à une femme le remède qu’elle appliquait chaque jeudi et vendredi[3].

Je fis la même chose un mercredi.

C’était à l’école maternelle, à Talant. Je venais de perdre ma première dent. Je la mis dans ma poche en début de semaine. L’idée fit du chemin dans ma tête.

Je suivis mon institutrice dans un coin reculé de la salle de classe, tirai la petite canine de mon pantalon et la lui montrai :

-J’ai perdu ma dent, dis-je.

-Oh, s’enquit-elle, tu viens de la perdre, là, tout de suite ?

-Non, je l’ai perdu il y a trois jours.

J’attendais beaucoup. Le « ah » qu’elle dut pousser me sembla un gage de déception. Le temps de l’effet était donc déjà compté, pour ma dent.

 

 

 

 


[1] Aggadoth du Talmud de Babylone, La Source de Jacob, édition Verdier, 1982, Nedarim, 17.

[2] Ibid., Sanhédrin, 184.

[3] A.Cohen, Le Talmud, Payot, 1991, p.315.

Date de dernière mise à jour : 02/08/2019