COMPLEMENTS DU NON, d'Aurore Lachaux

COMPLEMENTS DU NON d’Aurore LACHAUX[1] 

 

 

 

 

 

       Complément du non est un livre qui aime le mot « bordel ». C’est un livre de la rentrée littéraire, perturbant, écrit dans un style tout oral, bourré d’argot, dans une langue pleine de soubresauts et de pièces de jeans rapportées, qui tranche, emprunte et fait chaos de tout bois.

Au cœur de ce livre, un thème : le père, la mort du père, son absence. Il construit des avions. Quand il arrive en fin de carrière – on se doute qu’il s’agit d’une carrière appliquée, soumise – on lui refuse une augmentation « parce que vous êtes trop vieux ». Quelques semaines plus tard, le vieux décède. Sa fille chante la mort des patrons.

C’est qu’il vaut mieux lire, pour le comprendre, Compléments du non comme un livre dans la veine des bandes-dessinées de Cabu, dont le père fut un familier, de Wolinski, aussi évoqué, de Hara-Kiri ; le père aime également Ferré. La fille est professeure de français à peu d’argent, elle s’en tire. Elle a une sœur. Le livre les suit. Il nous jette – tej’ écrit-elle – dans la vie ordinaire.

A travers le titre se joue l’enjeu du livre : dire non à ce qui fait l’ordinaire des défaites de l’homme, fonde l’acte d’amour de la fille et son désir d’en recoudre par l’écriture. D’où l’impression d’émiettement cohérent que le lecteur éprouve à la lecture du roman, parfois proche d’un journal intime.

Un épisode humoristique voit la narratrice recevoir, en classe, une télévision sur la tête ou presque, lors d’un exercice anti-terroriste dans le lycée où elle exerce. Pourquoi est-ce drôle ? A cause de ce style inattendu, direct, qui court et va, qui semble ne rien chercher, comme un lièvre, et qui rapporte un éclat de rire – singularité qui n’emporte pas d’emblée l’adhésion des lecteurs, sauf si l’on comprend, justement, qu’il s’agit d’une inadéquation avec le genre feutré des habituels exercices littéraires.

Compléments du non est écrit par une jeune auteure rebelle : « Mais comme j’ai des seins, peu, écrit-elle, mais suffisamment pour être associée au clan des femmes, et qu’il m’arrive de vivre avec des enfants, on me demande si je fais des activités avec eux. Il faudrait que je sois passionnée par les poux, les otites, la méthode syllabique, les pulls Domyos, les crayons de couleurs… » Le livre d’Aurore Lachaux est une profession de foi contre la maternité : « Farewell toutes les mères ! La pupille à vif, la parole grésille. »

Le bilan de la jeune femme est sympathique : s’y ajoute le deuil de son chat. Compléments du non est un récit de vie, de deuil, écrit pour les gens qu’on aime et dont la mort ne se répare pas. Il y a dans leur disparition une envie récidiviste de les évoquer encore et encore. Pour qui aime les textes brefs, et qui assouplissent l’esprit, le roman est à découvrir.

 
 
 
 
 

[1] Aurore LACHAUX, Compléments du non, roman, Mercure de France, 2019.