LE 11 SEPTEMBRE

LE 11 SEPTEMBRE

 

 

 

 

 

       Ce pourrait être un sujet de rédaction : que faisiez-vous le 11 septembre 2001 ? Comment avez-vous vécu cette journée ?

« L’intégrisme islamique accomplira les ravages les plus massifs si nous n’y opposons pas une politique de réforme et de justice planétaires, au XXIème (siècle) », notait Jorge Semprun dans L’Ecriture ou la vie, en 1994. Quand je lus ces phrases en quittant le lycée, il me sembla qu’elles énonçaient une vérité exagérée. Mais, après le 11 septembre, sept ans plus tard, tout devint possible.

Ce jour-là, je suis allée à la bibliothèque proche de chez moi, à Talant, une petite ville silencieuse de la banlieue dijonnaise. Couverture plastifiée des livres, propreté et souplesse, froissement délicieux des journaux, démêlement des pages glacées… Je répondis à un journaliste du Figaro qui avait écrit un encart très juste sur le scandale en littérature. Ma lettre était datée du 11 septembre : j’ignorais qu’il me faudrait ensuite, par décence, laisser reposer ma missive avant de la poster. 

Il était près de quinze heures, soleil culminant, chapeau d’or sur ciel bleu. Je fis du patin à roulettes, dans mon pâté de maisons. Maman rentra sa voiture au garage. Elle venait d’écouter la radio et me dit d’une voix perturbée des choses que je ne compris pas : « Les deux tours de New York… elles se sont effondrées. » – Les tours, pour moi, à jamais sur une affiche, dans la salle d’anglais de mon collège, sur le fond bleu marine de la demi-nuit, belles comme allant de soi, la science fiction dressée dans le quotidien, corps de verre lumineux. Les tours allant de soi !

J’allume la télévision et je vois ce qui a l’air d’un film à spectacle, et qui n’en est pas un. Il me faut réaliser. D’immenses tours brûlantes, fendues, bientôt éboulées. Je n’étais pas là quand il y a eu le choc des avions. Les images repassent. M’horrifie et me hante encore aujourd’hui le souvenir d’un homme se jetant dans le vide. Je regarde la télévision sans interruption, pendant six heures. Les larmes me tombent des joues…. Indifférente à l’Amérique – qu’importe ?

Dans le jardin, mon voisin fera vite une réflexion : « Ce sont les pauvres contre les riches, et les pauvres n’ont rien à perdre ! » Rebutée par cette perspective qui justifie à mes yeux le terrorisme, je me tiens à l’écart.

Plus tard, mon beau-père, qui est peintre, mettra au mur une de ses toiles représentant une série de buildings, dont plusieurs gagnés par l’orange, le feu, sur fond bleu.

J’ignorais jusqu’alors qu’une partie de mon cœur était dans ces buildings. On nous frappe où nous n’avons jamais marché. Le corps humain est grand de quelques méridiens.

 
 
 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Date de dernière mise à jour : 12/02/2020