MARIE-ELEONORE DESPROGES : ART POETIQUE

MARIE-ELEONORE DESPROGES : ART POETIQUE

 

 

 

 

 

Le 28 mai 2018, la veille exacte de mes trente-neuf ans, je reçus un cadeau : un cri venu de la trentième nuit des Molières, diffusée sur la chaîne de télévision France 2. L’humoriste Blanche Gardin m’y convoqua à haute voix et dit : « Marie-Eléonore Desproges, petite pétasse… » J’avais alors l’habitude d’entendre mon pseudonyme de dessinatrice à tout bout de champs, et il ne me parut pas inhabituel d’être citée dans cette cérémonie prestigieuse. Ce qui m’étonna surtout fut le vocabulaire très négatif employé à mon égard. Blanche Gardin avait-elle vu une photographie de moi, avant d’y apposer son jugement ? Je me sentais le contraire absolu d’une « petite pétasse » : une personne sérieuse, profonde, honnête. Le lendemain, je retournerais faire du secrétariat et personne parmi mes proches ne saurait rien des Molières.

On parlait donc facilement de moi dans les hautes sphères artistiques il y a quelques années. Je crains que ce succès ne soit terminé. Pourtant, je continue mon activité de dessinatrice et cherche à la partager plus que jamais. Je n’attends plus de reconnaissance des médias, qui m’ont oubliée s’ils m’ont jamais connue, et m’ouvre davantage à mes proches immédiats.

Quand je créai mon nouveau site sur Internet, j’eus la chance d’être aussitôt contactée par une galerie d’art contemporain très sérieuse, située à Rome, Rosso Cinabro. Elle me proposait d’exposer quelques uns de mes travaux, moyennant finance, car les lieux d’exposition sont moins souvent gratuits qu’on le dit. J’envoyai une dizaine de dessins par courriel et la galeriste en piqua trois parmi ses favoris, qui firent le voyage en pochette jusqu’à Rome, où ils furent encadrés.

Je n’ai, pour l’heure, plus d’autre triomphe. Mon activité artistique est pourtant essentielle, et constitue un pan éclairé de ma vie. Dans mes dessins, je refais le monde. Ce qui est dur prend des aspects amusants, heureux. Tout glisse. La dimension onirique rejoint la poudre caricaturale pour alléger le fardeau de l’univers et en dresser un tableau composite, hétéroclite, plein de thèmes et de richesses : moqueries des extrêmes, clins d’œil du côté des religions, dessins de couples et de sexe, petit temple dédié aux animaux, études de mœurs et de société, dessins politiques, bandes dessinées sur la dépression, sur l’école, la pauvreté ou le judaïsme, je n’en finis pas d’ouvrir les tiroirs tant il y a à inventer et à partager…. Il est faux de prétendre que tout a été dit.

Mon parti-pris esthétique ? Un art poétique, ludique, jouissif, hédoniste ; un art capable d’humour ; un art joyeux ; un art original en un mot. Mais aussi, un art à messages, ignorant les lieux communs et les fadeurs, regardant la société du présent. Un art de la subversion, voire de la révolution. Un art perfectible, car il ne cesse de vivre d’ajouts. Un art voulant, enfin, décrire la totalité du monde, avec une volonté de fureter, de représenter ce qui existe autour de soi, toutes les idées qui passent, les situations, les gens qui me marquent.

Avec les mots, je reste corsetée ; dans mes dessins, je suis tout à fait moi. Ils ont un aspect cathartique auquel j’invite le regardeur, comme s’il entrait dans un espace de détente. Les dessins sont les mots de la liberté.

 

Site internet : https://marieeleonoredesproges.odexpo.com

 

Date de dernière mise à jour : 30/03/2020