VIVE AUTANT EN EMPORTE LE VENT

VIVE AUTANT EN EMPORTE LE VENT

 

 

« Les petits enfants eux-mêmes, pleins de haine et d’effroi, pouvaient raconter les horreurs que les Yankees avaient commises en territoire conquis. »

(Margaret Mitchell).

 

Le couperet est tombé : la plateforme américaine de la Warner Media, HBO Max, qui diffusait entre autres Autant en Emporte le Vent, vient de retirer temporairement le film du catalogue. Motif : celui-ci est raciste. Il faut des explications pour le recontextualiser. Nous y voilà.

Autant en Emporte le Vent raconte l’histoire des Sudistes, pendant la guerre de Sécession : on sait qu’ils étaient partisans du maintient de l’esclavage. Ce sont donc des héros esclavagistes dont il est question. Cependant, ce problème n’est pas vraiment traité, très à l’arrière-plan. Dans la première partie du récit, les Noirs apparaissent plutôt comme des domestiques. Dans le roman qui a inspiré le film, l’auteure Margaret Mitchell défend l’attachement des Noirs à leurs maîtres et à leurs tâches.

Autant en Emporte le Vent est un livre à la fois léger et viscéral. Margaret Mitchell a parfaitement rendu cet attachement à la terre du Sud, à la glaise rouge de Tara et à ses collines vertes qui se déroulent, étoilées de fleurs blanches de coton… Son héroïne est une garce admirable. Merveilleusement écrit, narré avec précision, entraînant et palpitant comme une première fois, le récit se déploie sur plus de mille-deux cents pages et a donné naissance à un film de près de quatre heures, aux couleurs magnifiques, bardé d’Oscars. On retient notamment pour cette prestation le premier Oscar attribué à une actrice noire, Hattie Mac Daniel. Pas mal pour un film raciste.

Nous pouvons déjà lire à l’heure actuelle un message de l’Agence France Presse rappelant qu’Autant en Emporte le Vent est tenu par certains historiens pour une œuvre révisionniste, presque un outil de propagande organisée ! Cet acte de censure, ce chapeau idéologique pour le roman d’une femme qui n’a fait que parler de ses racines et de ses ressentis, même aveugles, ne sont pas mérités. Le film comme le livre dépaysent énormément. Ils constituent une œuvre romanesque, une romance, un récit d’imagination, plus qu’un documentaire avec prétention historique. Il ne faut donc pas y rechercher la vérité sur cette période de l’histoire. La trame sombre de l’esclavage n’y est pas un sujet. On se trompe donc de cible.

Fuyons ces embêtants inquisiteurs. Les revendications totalitaires des minorités rendent le monde pénible. Elles rentrent comme un vers dans le cerveau et sont susceptibles, un jour, de faire associer de façon pavlovienne l’étiquette « raciste » au nom d’une belle œuvre. Ciel ! Que font-ils redire sur Naissance d’une Nation, le film muet de D.W. Griffith ?